Simulation

Vous vous souvenez sûrement de cette scène, de « Quand Harry rencontre Sally »… Oui, je parle de celle à laquelle vous pensez, celle où Meg Ryan simule un orgasme en mangeant des pancakes. Resituons ; Harry est persuadé que les femmes prennent leur pied avec lui. Sally lui demande comment il peut en être si sûr et là, bing, elle apprécie tellement ses pancakes qu’on a envie d’en manger sur le champ. « Tous les mecs disent jamais avec moi, et toutes les femmes font semblant de temps en temps. »

En réalité, quand j’y pense, cette vérité est universelle et ne se limite pas à l’aspect sexuel de nos vies.  Pour une fois, je voulais rédiger un article un peu documenté, j’ai donc cherché la définition du mot simulation.

Synonymes comédiedéguisementfaux-semblantillusion.

 

Pour faire vraiment pro, j’ai aussi cherché Simulateur (je bosse beaucoup c’est vrai) :

 

simulation, nom féminin. Mais qui choisit le genre des mots ?
Sens 1 Action de simulerSynonyme illusion.
Sens 2 Représentation modélisée, figurée dun phénomène.
Sens 1 Personne qui simule.
Sens 2 Appareil qui simule une situation, un phénomène ou un fonctionnementEx Simulateur de volSynonymeimitateur

 

Bon, pour résumer, illusion, comédie, imitation, déguisement, c’est ça que ça signifie. L’idée de départ sur la simulation est devenue beaucoup trop réductrice. C’est donc devenu un sujet de débat entre filles et l’une de mes amies a affirmé ne JAMAIS avoir simulé de toute sa vie. Je n’en crois pas un mot. Mais pour lui donner une chance de se rattraper on lui a demandé s’il n’y avait pas parfois des moments où elle jouait un rôle, où elle mentait. Simuler, feindre mentir, c’est de la même famille après tout et ça me permettait d’élargir le sujet! J’ai lu quelque part que le monde est une sorte de bal où chacun est masqué. En y réfléchissant, je crois bien que je possède une infinité de costumes que j’endosse au gré des évènements. C’est extrêmement fatigant de le faire, mais figurez-vous que sur une seule journée, je suis capable d’en changer au moins 10 fois…

 

Ma journée commence déjà par une mascarade. J’ai acheté un simulateur d’aube. J’ai pensé que ce serait agréable de se lever avec une lumière progressive et des chants d’oiseaux. Je mens donc à mon corps avant même d’être réveillée. De plus, je suis incapable de sortir de mon lit dès qu’il le faudrait. J’appuie donc sur le gros bouton qui reporte le réveil de dix minutes, et ce, plusieurs fois de suite. Comment voulez-vous passer une journée normale lorsqu’entre 7 et 8 heures, le jour s’est levé quatre fois ?

 

Lorsque je me suis enfin extirpée de mon lit, je file à la salle de bains. Là où il y a des miroirs… La tendance cosmétique est plutôt au nude ces temps-ci. Mais toute femme sait que pour paraître naturellement belle, elle doit appliquer sur son visage quantité de produits en tout genre. Si ça, ce n’est pas de la simulation ! Je ne m’attarde pas sur les gaines qui aplatissent le ventre, les soutien-gorges qui font des gros seins, les faux-ongles, les talons qui affinent la silhouette, les ray-ban qui cachent les cernes… La panoplie de la parfaite simulatrice me parait infinie. En revanche, c’est quand on quitte son cocon et que commence le lien social qu’on peut enfin chercher tous ces moments de totale comédie. Mais enfin, si vous ne voulez pas qu’on vous mente, arrêtez de nous poser des questions, ou même de nous parler tiens….

 

 

 

–  « Bonjour maîtresse ! »  Bonjour ? C’est sûrement une plaisanterie. Si j’entends un « bonjour maîtresse », c’est qu’on est un jour de classe. Donc, lorsque je réponds « bonjour Jules », je pense : Mais il n’est jamais malade ce gosse ! je vais le laisser aller en récréation sans pull, comme ça peut être que demain il ne sera pas là.

Ca marche aussi avec ses propres enfants : « Maman, il est beau mon dessin ? tu l’accrocheras dans ta chambre ? Tu veux que je te raconte une blague ? Et si on jouait ensemble à qui est-ce ? » Non, je n’ai pas envie de jouer ni à qui est ce ? ni à faire une cabane avec les coussins du salon. Les coussins du salon doivent rester à leur place. Mais je souris et pense que si je ne joue pas avec elles, elles vont préférer leur père, donc j’accepte de défigurer ma maison.

 

– « T’es prête pour ton inspection ? Ton cahier journal est à jour ? » Oui, évidemment. J’ai légèrement changé l’aspect de mon cahier journal pour y ajouter les IO. J’ai compulsé les programmes hier soir avant de dormir et j’ai planifié les apprentissages des deux prochaines périodes. En réalité, je sais très bien que le jour de l’inspection, mes talons, mon soutif et mon nude compenseront largement mon manque de préparation professionnelle.

 

– « Tu manges avec nous ce midi ? »  Non, je suis désolée, je ne peux pas, je profite de mon temps de pause pour faire les courses, lancer une machine, faire la vaisselle et nourrir le chien. Si je n’inventais pas ces énormités, sachez que vous n’auriez jamais le plaisir de lire ces articles !

 

– « Pizza ou salade ? » Oui, je suis comme vous, je pense pizza. Mais je ne veux pas passer pour le goinfre de service. Picorer une salade c’est nettement plus glamour. En revanche, à 16h30, j’ai faim. Je passe donc par la boulangerie avant de rentrer et je me cache pour engloutir mon croissant aux amandes avant le retour de l’Homme qui, s’il me voyait, me pincerait les flancs avec un regard entendu.

 

« A quoi tu penses ? » A rien. Peu importe à qui je m’adresse, si je réponds que je ne pense à rien, je mens. Vous êtes prévenus. Sachez que je ne pense jamais à rien. J’aimerais beaucoup, mais non, je n’y arrive pas. Si j’écris aujourd’hui, c’est pour occuper tous ces moments où j’aimerais ne penser à rien.

Donc peut-être que je pense à :

 

– Jude Law ou Raphaël (le chanteur, pas celui que je connais en vrai), ou un rugbyman néo-zélandais…

– Quelle excuse inventer pour ne pas aider ma copine à déménager.

– Quelle peine je risque si j’accroche Jules à son porte-manteau.

– Ma dernière soirée où j’ai fait des trucs vraiment coquins mais que je ne dois pas le dire.

– Cette robe bleue que ma copine ne devrait absolument plus jamais porter.

– Comment serait ma vie si j’avais fait d’autres choix. « Parfois on regarde les choses telles qu’elles ont en se demandant pourquoi ».

 

– « Ca se voit que j’ai maigri ? » Ne me posez jamais cette question. Sauf si vous avez perdu 15 kilos. Et dans ce cas, je le verrais sans que vous ne demandiez.

 

– « On a trop rigolé à la dernière soirée ! » Oui sauf que t’étais pas invité !

 

– « Comment tu vas ? » Je pense que nous devrions arrêter de poser cette question-là à n’importe qui. De deux choses l’une, soit on s’en fout de la réponse et c’était juste histoire de ne pas parler de la pluie bretonne, soit on ne répondra pas sincèrement parce que nos états d’âmes on n’a pas envie de les partager avec la vieille qui promène son chien et qu’on croise une fois le temps.

 

 

« T’as fait quoi aujourd’hui ? » J’ai bossé, bossé et bossé…

 

– Lettre de rappel, « Nous nous permettons de vous rappeler que votre facture du 18 mai n’a toujours pas été réglée » ……….

 

« Combien de cigarettes vous fumez par jour ? » 2/3 par jour et je monte à 8 quand je suis en soirée.

 

« Ai-je trop bu pour conduire ? » Nooooooooon !

 

« Je vous appelle pour vous informer que vous avez dépassé votre découvert autorisé » Je sais Monsieur, mais dans 22 jours, c’est la paie. De plus, je vais avoir quelques spectacles de danse et là, j’ai un super blog qui va me rapporter du fric sous peu. Je ne sais pas comment il peut m’en apporter mais là, je sens que j’ai un bon filon.

 

«  allez, 30 « j’aime » et je fais en sorte que Syl aille en boîte déguisé en infirmière sexy qui fait peur. » Oui, parfois, je mets un cyber-costume de comique pour faire rire les gens… Au détriment des autres bien-sûr !

 

 

La société nous donne vraiment des raisons de mentir. On n’y peut rien, c’est pas de notre faute, c’est une  pression constante. Allez, vraiment parce que je suis généreuse, je vous donne une dernière petite liste de mensonges tout près, à vous de les utiliser dans les bonnes circonstances.

 

-J’ai mes règles (au bout de 4 fois dans le mois, ce n’est plus crédible)

-J’ai une de ces migraines (à utiliser au bout de la cinquième fois)

-Oh oui, c’était vraiment booon.

– Non, je n’ai pas eu d’appel en absence (ou je n’ai pas reçu ton sms)

-Plus de batterie

-Non, non, il n’y a pas de soirée Halloween chez moi lundi

– Ah si, ton mec je l’adoooore ! (pas trop de « o » sinon, c’est suspect)

-Il est trop chou ton bébé.

-Bonne idée cette coupe de cheveux.

-Non, j’ai plus de sous.

– Je ne rentre pas tard promis.

-Ben non, je suis désolée je reçois toute ma famille.

– J’ai un article à terminer.

 

….

 

Je m’arrête là. Je me rends compte que les idées me viennent sans arrêt quand il s’agit de raconter des cracks ! Pourtant Cicéron (ouah, je me suis vraiment documentée cette fois) disait qu’il fallait supprimer de notre vie toute simulation et toute hypocrisie. Mais « moi je sais bien que je vous ferais fuir si vous saviez ce que je pense vraiment ». Alors, on fait comme Miossec et nos pensées, on leur met un mors aux dents. Je crois surtout que notre vrai nous on le garde pour nous. Si on veut évoluer dans un groupe, on n’a pas le choix, il nous faut paraître. « Le masque du bonheur est peut-être le plus dur à porter », mais je crois qu’on y arrive bien. Quoiqu’il en soit, il me semble bien plus facile de simuler que d’être vrai.  Petite suggestion pour notre prochaine soirée déguisée, et si nous venions tels que nous sommes vraiment ? Je crois que là, on pourrait réellement se faire peur !

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